Adelante – La part du Diable

L’eau bout.
Pour me faire de la tisane.
Il est tard cette nuit.
Et je me suis adonné à un petit plaisir vicié.
De longues heures durant.
Même pas grave ou scabreux le vice.
Chronophage et stérile.
Un peu sordide, pas trop pervers.
Pour tromper l’ennui.
Comme un cheval de labour
je creuse des sillons avec mes yeux
qui ne voient que devant
dans les pages rétroéclairées
qui brulent les rétines
et consomment et consument
le temps qui passe
Ce qu’on appelait le destin.

L’incapacité à vivre désormais hors du flux.
Une habituation à la médiocrité.
L’entrainement à la sensualité de basse qualité.
La sécrétion de la chrysalide hyperlink.
La luxure. La pornographie.
Pour tromper le vide.
Accommoder le diable.
Lui donner un morceau de phalange
à défaut de lui donner la main.
Et alors je fais le constat terrible
de la mort d’un temps précieux.
Je regrette mon incapacité
à faire mon ouvrage sur cette terre
une oeuvre de ma vie
et le piège dans lequel je suis empêtré.

Les pieds englués dans la stase visqueuse des solutions immédiates à la détresse d’exister.

Le vertige originel
Qui rend nécessaire que l’on s’agite
Pour imiter Dieu
Répéter le geste
Inspirer la création
Faire la tentative qu’advienne du sublime
La tentative
Inespérée face au vide mais pleine d’espoir qu’advienne le plein
La grâce peut-être
Du fond de son âme
jusqu’au bout de ses doigts
Du moins, de ses extrémités
Il n’y a que ça d’important
Faire advenir
C’est pour ça que c’est difficile
C’est pour ça que c’est empêché
Imaginer un monde
où notre vide ne serait pas comblé par les supplétifs à la mort d’une idée plus haute que nous par les artefacts publicitaires par l’érotisme manufacturé par les fétiches marchands par les pilotes clandestins par les idées ingéniériées

Pouvoir
imaginer cela
c’est le risque
de voir des millions d’entre nous se saisir
de la puissance d’être au monde
comme maîtres et possesseurs
de l’éventualité de faire
advenir
quelque chose dans l’univers
Ce serait voir émerger des géants

Or les contremaitres on des échasses
Et les marchands ont des grattes ciels
Ils ont de tous petit souliers
et les âmes jalouses
des vertus rabougries
des amours avares
des affects infirmes
des valeurs chétives
des sensualités flétries
qu’ils grandissent pour de faux
pour prendre la lumière

Ils seraient écrasés par les géants
Si ceux-ci advenaient

Publié par


Laisser un commentaire