J’écris du garage. Alors que la mécanique est grande ouverte, qu’il y a de la graisse moteur un peu partout. J’écris d’un éparpillement de joints de culasse, de carburateur, de bougies d’allumage au milieu de ma paillasse laborieuse. Personne ne comprends vraiment ce que je trafique là, pas même moi. Ce que c’est que ce laboratoire où je m’applique à remettre de l’ordre dans ma vieille machine. La carcasse que je me traîne et qui faisait son ouvrage comme elle pouvait encore, avec des pets de travers et des cabosses dans le fuselage et les amortisseurs qui n’encaissent plus si bien les nids de poules dans l’asphalte et les pistes de savane. C’est un laboratoire, une parenthèse opportune dans le quotidien, le travail, le tracas de la vie. C’est fastidieux parfois et souvent je me demande si ce n’est pas un peu vain. Fastidieux et dur et ça alterne avec un sentiment de sérendipité (ce que l’on ressent face à la découverte fortuite de petites choses, quelqu’un de cher m’a soufflé la définition récemment), de plénitude, de joie, de gratitude aussi. Le sentiment d’être sur la bonne voie, parfois d’être complètement à côté. Mais surtout de la chance d’avoir ce temps là et puis cette amplitude à faire sens de soi et puis de son histoire, faire émerger une image, même vague, dans le grand puzzle flou, fouillis. Le dessin d’une structure, la vision d’une charpente pour abriter la faille, narcissique, où les douleurs se cachent, la souffrance traumatique, les terriers de gobelins qui y nichent leurs repères que je vide allègrement comme on fait son ménage au début du printemps. La faille aux hurlevents n’est plus votre demeure car on remplit la fosse de bonne terre et de graines, un humus fertile, la semence nourricière. Et sur cette cicatrice qui sera faite dans le relief on cueillera des fruits en fin de la jachère. J’écris de la jachère, de cette parenthèse où je répare ma vie, ou je plante et je crois. Je sais que qu’il ne suffit pas de quelques mois un jour pour qu’on se retrouve guéri d’un tour de magie mais il suffit de ça pour en faire le pari. Niais, oui, tant pis.
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