Semana Santa

Ma’

Madrid pardonne moi

Je ne t’ai pas reconnue

À ta juste valeur

Et les déconvenues

Les grisailles passagères

La météo instable

Qui donnèrent le La

Le labyrinthe tourmenté

Et le froid qui tomba sur le Retiro

Comme une enveloppe austère sur le Palais de Cristal

Ont eu raison de mes dernières impressions

Une mauvaise humeur


Et pourtant Madrid

Permets-tu que je t’appelle Ma’ ?

Une réparation pour mes maugréments

Dans un poème que je fis avant

Tu fus sans doute plus

qu’une maldita de poésie

Une fenêtre sur un destin

que je ne choisi pas

Une escale sur le chemin de la révélation

Tu fis l’initiation à ma semaine sainte

Ma’ semana santa


Une femme renard

Un feu follet tout roux

Me montra les arbres les plus hauts

Où faire grimper son âme

Et me chanta

De sa petite voix

La ballade de Rocky Racoon

Qui était belle à en pleurer

Elle me raconta l’histoire

de ces femmes qui font

ensemble une grande maille rouge

Pour dire leur peine

Pour dire leur force

Qu’elle porteraient aux vues

Un fier grand filet pourpre

Une belle mer immense

Pour engloutir leurs larmes

Alors je la regardai

Coudre au fil rouge

Des petits mots d’amour

Qui traverseront l’océan

Ma’, tu me donna cette chance là

De voir la couture

Et la musique de chambre

Que font les femmes renards

En leur tanière la nuit


Ma’

tu as la réputation chaotique

Et pourtant je t’ai trouvée sereine

Sûrement bien plus que moi

Et que Pa’ d’où je viens

Et alors que je retrouve

l’opercule humide

Des printemps avortés

dans Paris humiliante

Je repense au frais de l’air

Teinté de senteur citron

Des camions de nettoyage

Qui à grand coup de jets

Font le ménage des ramblas

Du medio ambiante

Je repense aux terrasses des bodegas

Où il semblait si satisfaisant d’exister

Où j’eus aimé

laisser le temps passer

Plutôt qu’en mes arpentages voraces

De touriste laborieux

Je repense aux bières

Aux piscos sucrés acides

Que j’aurais eu la joie d’engloutir

Avec des amis madrilènes

En parlant fort un mauvais espagnol

Jouissif dans la gorge

Tonique dans les labiales

Et tout chaud dans la bouche


Je repense à toi Ma’

Et je me dis que j’aimerais

À nouveau te connaître

Repartir du bon pied

Peut-être qu’un jour peut-être


Barcelona

Barcelone pendant ce temps

La ville aux auvents verts

Me préparait une grande surprise


En ce dimanche saint

J’eus la révélation

Obscure et fastidieuse

Que se faire révéler

Est d’une violence fatale

Et pourtant délicieuse


Mon amie et mon ennemie

Réunies sur mon sort

m’ont nourri elles ensemble

Autour d’un banquet baroque

Au milieu des flots rouges et lymphe

De bouteilles trop généreuses

En sang de la Catalogne

Alors la fille d’Estrémadure

Me montra la procession

Des pénitents à Malaga

Et les capuches pointues

De l’armée de croyants

Les pénitents prostrés

Et la musique solennelle

On croit sentir l’encens

Qui prend le creux de la gorge

Et pèse sur l’estomac

Tout ça est trop fatal

Tout s’accélère

Devient douleur

Délire

Et ce fut le début

du grand plouf

La chute en son sein

La béance et le feu

La purge féroce

L’âme et le corps se vident

Ne reste que l’essentiel

Pour faire face à la peur

La vulnérabilité fœtale

Comme unique armure

Pour affronter les monstres

Il y a du feu en nous

Les monstres meurent dans l’incendie

Il faut extraire cette chose bloquée

Les corps carbonisés

Empoisonnés de vin

D’une substance licite

Mais pas tout à fait claire

Qui provoque des visions

Dont je ne me souviens pas

Que des images floues


Je crois qu’il y a une femme

Je crois qu’il y a mon père


Je rentrai chez mon frère

En portant avec précaution

Comme un enfant nouveau né

Mon ventre qui s’était déversé

Comme il avait pu

Pour faire des oracles

Et des révélations


Telle fut ma procession

Ma semana santa

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