La tristesse du poète
Le début du printemps
Madrid
Madrid
Madrid
Et le froid et la gorge qui se nouent
Et se dire que les auberges de jeunesse c’est fini
Qu’elle est partie la jeunesse
Que je n’ai plus besoin de courir après
Dans les villes d’Europe et dans les musées bondés
Faire la queue pour se trouver
Ou aller encore plus loin
Là où il n’y a plus d’injonction
Que celle de savoir pourquoi on a voulu à ce point l’être, Loin
Qui est-ce que je m’attends à trouver à l’autre bout du monde ?
Et s’il n’avait jamais bougé celui-là ?
S’il se trouvait dans un petit appartement
Où il aime boire son thé chaud
Avoir sa vie tranquille ?
Peut être n’est il pas un aventurier
Ni un poète voyageur
Peut être craint-il de n’être pas grandiose et que s’il ne fut pas grandiose
Eh bien il ne mériterait pas l’amour
Il ne pourrait rien contre le sentiment si fort de la solitude dans son propre chez soi
Il devrait subir la réalité cuisante qu’il souffre de l’absence d’un être nécessaire
Qu’elle ne se comblera peut être jamais
Alors il cherche et il fuit
Il fait des zigzags pour semer la fatalité
Comme une proie créative
Comme une bête blessée
Exaltée par l’instinct de survie
La rétine folle qui s’agite sur des ciels nouveaux
Et les facades inconnues des villes qui ignorent qui il est
L’inconnu voyageur parmi les inconnus voyageurs
La foule des sac à dos
Départ
dans le train du départ
emportant comme bagage
la sensation désagréable
d’avoir perdu son temps
ou de l’avoir gagné
en une leçon amère
qu’il n’y avait à Madrid
rien de bien nécessaire
où bien de salvateur
à soulager une âme
qui se voile la face
Et je me sens ingrat
Envers cette ville là
Qui ne me demanda rien
À qui je demandais tout
Et pourtant
Je suis heureux de partir
Rentrer un peu chez moi
Car c’est chez mon frère
Me reposer en son sein
Familier accueillant
Qui sait panser mes plaies
De grand garçon triste
De se sentir si manquant
Qu’importe le bout du monde
Quand il y ce silence
Qui lui fait mal à l’âme
Train
Il me semble que la petite voisine
Avec qui j’ai échangé
ma place à la fenêtre
Parce qu’elle avait sommeil
Pete allègrement
Des pets fort bien puants
Il y a ces amoureux en goguette
Ils semblent heureux de l’être
Je les trouves ennuyeux
Et pourtant je leur envie
Une certaine tranquillité de l’âme
Et leur joie qu’ils font mijoter
Dans le même pot à cuire
Comme disait mon roommate,
Secure is so sexy
Et il y a ce jeune enfant
Sur les genoux de sa mère
qui cogne
Avec un zèle admirable
Un objet de plastique
Sur une surface dure
Et je pense à ce que ça veut dire
d’être parent
Devoir accepter qu’il faille
observer son enfant
répéter la même action bête
pendant des heures durant
Comme une erreur système
Qu’il faut bien qu’il traverse
La campagne est si belle
Le temps est radieux
Il y a du jaune, le tapis tâché d’ocre et touffu qui recouvre la terre, mille teintes de vert, les fleurs blanches et les fleurs roses des fruitiers qui disent je t’aime au printemps,
Des vallons en terrasses,
L’argile vieilli des tuiles des villages,
Les crêtes et les collines,
Les magnifiques stries de sédimentation
Qui pointent vers le ciel
Tentant presque d’échapper
à la gravité
Nous arrivons à Saragosse
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