Sur les champs de bataille fumants, voilà qu’ils arpentent à pas lents les bordures de rivières et les chemins de terre qui vascularisent le bois. Le temps est vif et frais. La lumière est franche et le gradient favorable à l’armistice tiède qui berce leurs deux cœurs. La petite chose beige qui gambade au devant, guillerette et joviale donne la mesure au protocole de paix qui se trame derrière sur des cordes sensibles, la musique solennelle qui se teinte de légèreté à chaque rebond du poil couleur sable.
Chaque foulée dans ce dimanche d’hiver c’est une maille de plus sur ce drapeau blanc dont ils font le tricot, une banderole pour la paix. Une grande page neige pour dessiner la joie à grand renfort de la couleur qui empourprent leur joues. Y faire la patiente mosaïque de ce qui persiste de délicat entre deux âmes qui furent si camarades et qui s’aimèrent si grand. Et sur le staccato des bondissements canin et la bannière au vent, c’est encore la joie qui se chante, sur une tessiture timide, sans grands éclats de voix, surprise elle même de se ressentir telle. Elle fait du bien d’être là, d’apporter avec elle le sentiment humble et mesuré d’une gratitude douce et gaie, un hommage au passé, aux chapitres écrits à quatre mains, ce qui persiste de bon de ce qui a existé. Marcher à la suite de l’éclaireuse fugace qui furète dans les bosquets et défie les matins c’est glaner sur les sentiers de quoi rendre sa densité à ce qu’il y a eu de grand. Dans le silence des mots quand ils ne suffisent plus, souffle et contemplation. Et de reprendre la parole pour se dire leurs vies, si connues, si nouvelles et faire le beau constat que ça va bien aller.
Il n’y a rien de funèbre qui les attend devant, chacun dans son voyage. Elle et il se sont fait les semelles dans des vallées plus rêches et le cuir s’est tanné, les breloques pesantes déposées sur le bas côté et c’est désormais un baluchon de soie exquis qu’ils portent comme bagage. Un morceau d’amitié lovée dans la poitrine comme une brioche chaude partagée sur la route. Un tendre bercement, l’apaisement, la foulée.
Laisser un commentaire