Qui poisse
qui t’inonde
une nausée qui balance
dans le bas de ta gorge
macère pour toujours
à cet endroit précis
sur ton plexus solaire
lourd
et si obscurci
par ce nuage noir
qui plane sur l’époque
Sur nos corps aplatis
sur nos esprits à terre
croulant sous la paresse
qui creusent pour se cacher
et éviter la guigne
Qui creusent
qui creusent
la fosse sous leur chute
à l’abris des patrouilles
et de l’œil
d’acier brut
sévère et si méfiant
zélé sur sa vigie
pointu quand on s’y frotte
planté sur le sommet
des miradors dressés
essaimés au dehors
c’est une lèpre sur l’asphalte
c’est un sceau d’infamie
sur le vieux tricolor
Et tes synapses éclatent
comme les petites bulles
d’un grand pop
électrique
micro-onde vestibule
l’incessant grincement
de tes ongles sur le mur
un gros punk umami
et leur écorchement
sur la paroi crépue
d’un boyau souterrain
tes phalanges à nues
qui rougissent les serrures
de ta cache petite
plus petite chaque jour
Que l’abri est étroit
Tu ravales
TA FIERTÉ
tu rumines en silence
LA MACHOIRE
désaxée
qui se calcifie presque
tendue
serrée
glaireuse
un étau de gravier
qui scelle
maxillarise
la rancœur
aigre acide
qui remonte des viscères
Ce gros nid de mil pattes
bien gras pressés glissants
comme une pelotte molle
grouillante fongique fuyante
qui déborde par le reste
Dans la cage qu’elle protège il y a la colère qui couve
Un essaim
de mouches
VERTES
de rage
vrombissantes
excitées
hépatiques
de
JAUNE
tachetées
par la mélasse des temps
tu pues
et ta dent creuse qui jute
l’odeur de la mort
baigne imprègne englue
cette deuxième peau
qui suinte sur ta face
inonde ta moustache
engorge tes narines
de tes exhalaisons
épaisses
marécageuses
tu pues
de l’intérieur
tu t’en rend compte
maintenant
que tu n’as plus que toi
plus que
toi
et ta crasse
quand les rasades de bière
et les cafés amers
et les paroles en l’air
ne te camouflent plus
ce qui est dégoutant
la ville moite les pigeons
les pauvres
les pauvres
les pauvres gens
les croquants en files sages
Les fantômes des turbines ne voyagent plus en banc
ils bruissent furtivement comme des contrebandiers
dans l’ombre du marché
NOIR
et des rideau baissés
ou
si
tout de même
parfois
quand la colère fait liant
MAIS
On sait si bien faire taire
la misère qui exige
la dignité
d’abord
les autres mots en té
le doux mot de justice
qu’elle scande staccato
de la dernière chance
qu’elle arrachera peut être
quand une de ces secousses
se fera plus pressante
qu’éclatera la bulle
de bile macérante
dans l’espoir emmêlée
quand on jettera à l’œil de l’odieux mirador
le sable sous les pavé et le prix de nos dents
Car tu pues beaucoup moins quand vous puez ensemble
En grappes agglomérées de vésicules en feu
débordantes
gorgées
pleines
de pus
ROUGE
oxydé
fumant
GRIS
comme un crachat malade
sur le zona du monde
il y a un nerf pourri
bouffé par la racine
touffue des pissenlit
un ragout de corbeaux
qu’on dine dans les dorures
que tu digères pas
sous tes molaires creuses
jailliront un grand cri
de douleur arraché
une dernière alerte
Si la botte sur ta tête
ne t’apprend ta leçon
Qu’on ne bouscule pas les cahiers boutiquiers
Qu’on ne corrige pas les falsifications
un linceul granitique menace sur nos tête
sur nos échines meurtries par les coups de tampons
et nos bouches énormes cannibales déployées
seront de vieux volcans sous l’enveloppe de ciment
Souviens toi
Au bord du cratère perle
une jolie nacre blanche
Une fleur interdite
écume Galatée
Lychen voie lactée
qui bave sous le mors
qui fouette les mandibules
celle teintée de rose
d’un dernier râle amer
A qui la cueillera
L’ivoire des caniveaux
ton suaire sera à toi
et ta langue écorchée
ROUGE
Un grand drapeau planté sur la terre retournée
NOIRE
Avec des mots inscrits
POUR NE PAS OUBLIER
La couleur de tes plaies
ROUGE
Celle de ta colère
NOIRE
Et celle de ton monde
La couleur du BROUILLARD
Décembre 2020
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