Le poulet rôti du dimanche. Parsemer son existence de copeaux du sublime. Tentative d’aller mieux dans un monde en crise.
Parce que le vert pistache existe
Et AC/DC
Et le printemps et l’automne
Et les occurrences heureuses
De celles qui sont passées
Et de celles à venir
Et le poulet rôti du dimanche
Et les patates fondantes
Et Mamie qu’on honore
D’avoir fait un miracle
Encore une fois cette semaine
Avec de l’estragon
Et puis un peu de citron
Et une volaille ci-git
Les années retiennent ça
Le gentil sang qui gonfle
D’être son petit-fils
Dans cette grande marmaille
Et puis il y a eu
toi
Les anneaux sur ton nez
L’encre dans ta peau
La chamaille réjouissante
Le sentiment qui sauve
De ne se sentir pas
Que le seul spécimen
A fouler cette terre
Et les remous de mer
Quand j’étais locataire
De la chaleur de tes bras
Le foyer de nos mots
Le journal de nos draps
À l’abri de nos maux.
C’est désormais
l’absence
De tes fossettes mates
De tes mots sur ma vitre
D’un écho
Même d’un non
Un nom
juste pour dire
Je n’ai plus faim
Et m’être fin
À l’angoissant silence
autour de ton Tu
qui ne me répond Pas
Alors
que
moi
je fus
retors aussi je crois
Alors
que
moi
je fuis
Aux autres bouts du monde
Que je pose des mines
Sur nos sentiers ardus
Pourquoi
ne sais-je pas
Faire correctement
Le doux métier de t’aimer
Sans la peur ni la honte
Qui font déflagration
Pourquoi
n’avons nous pas
cette grande chance là ?
Je cherche les réponses
Aux autres bout du monde
L’écrou, l’engrenage manquant
Dans les pages et dans l’encre
De l’ivoire du mystère
Qu’un jour tu fus tout
Que je ne sus te dire
Combien c’était précieux
Et combien c’était
Fou
Faire
avec
pourtant.
Savoir que l’on est fort
Et le large à nouveau
Et savoir qu’il y a
De jolis rivages ailleurs
Et des routes de fortune
Et des voiles qui se gonflent
Des visages qui s’allument
De m’avoir ô marin.
On pleurera l’amour
Si vain devant la guerre
Les charniers du levant
Les prisons d’hécatombes
Les cratères vrombissants
Les cruels adultes vengeurs
Qui engloutissent les enfants
On pleurera l’amour
qui meure sous les décombres
et l’Âme des humains
qui s’étiole sous les bombes
qui s’écrase en trombe
comme tombée d’une chute
sur les écrans meurtris
maculés de mots durs
Fêlée sous la mitraille
des sémantiques obscènes
et la cruelle bave
la minute de la haine
que l’on justifiera
comme des tours de Rubik’s cube
ou des conférences TEd
des astuces partisanes
dans le confort
d’une vertu
de velours côtelée
la démonstration théorique
d’être une bonne personne
au fond de son canapé
les pouces agités
et la vision trouble
et la rétine brulée
un court-circuit
le glitch et l’incendie
le cortex pré-frontal
pris dans un looping fou
comme un avion cramé
Spirales de fumée
l’amygdale
laminée
et
Elle
n’entend plus que ça,
l’Âme des humains,
ce bruit pourtant si là :
c’est pas un La mineur
c’est comme un infrason
une cage dissonante
une douleur amère
qui ne dit pas son nom
C’est une lamentation
intérieure
qui résonne
dans la gorge
une glaire
rocailleuse
qui racle
le crépi
des tirages sanguinaires
qui tapissent les murs
les plaintes orphelines
les listes de rescapés
c’est un gros lamantin
qui nous tient prisonniers
dans cette mélasse obscure
on se demande alors
comme une pensée coupable
ou bien de mauvais goût :
Quand s’arrêtera le vrombissement incessant des mauvaises nouvelles ?
Et que s’installera la dictature du vert pistache et des couleurs pastels et du poulet à l’estragon et des mandolines qui doucement font mélodieuse la rue et le service militaire ce serait cueillir des mandarines, en faire des sorbets et dire je t’aime tout le temps, dans les yeux et au présent, sans avoir peur de se manger, que sur nos balafres poussent des forêts nourricières et de grands séquoias, des baobabs massifs, autours desquels danser et chanter à gorge déployée des mots qui comptent, et reconnaitre la voix, la petite tonalité qui résonne de l’autre coté, sous la branche avec l’oiseau, se dire « je t’ai reconnue et désormais quand la lune sera l’arbitre du silence, je saurais que résonne dans ton coeur le même chant matelot qui m’amena ici dans cette sarabande » ? Quand est-ce que ce sera cette dictature là ? La dictature de se dire « je suis une naïve petite personne mais chaque jour je gagne de faire le pari d’un peu de porosité, parce qu’être imperméable c’est se protéger du beau pour échapper au laid. Mais qui es-tu sous ta capuche ? sous le parapluie d’acier ? Autour de toi c’est tout mouillé et tes vêtements ne sont pas près de sécher ». Alors sois nue petite personne et vulnérable parce que l’acier ça rouille et être nu c’est tout de même mieux pour se baigner. Il y a de belles rivières semées sur le chemin, garde les yeux ouverts car il faut des ciels bien gris pour faire des percées de lumière dignes d’être remarquées. Il y a les voir ensemble et se réjouir de ça, de faire le témoignage de ce que c’est qu’être humain. La capacité de s’émouvoir en chœur devant les choses triviales quand il ne reste plus rien.
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