Cheval, chiens, chèvre

La fenêtre du TGV Lyria est embuée et l’on voit encore moins la nuit à travers le filtre de gouttelettes alors qu’il ne pleut pas. Des petits points jaunes dans la banquise. La correspondance à Bellegarde fut un sujet d’inquiétude, c’était le dernier train, plus de peur que de mal. Il n’y aura pas d’hôtel au milieu de nulle part, d’arrangement de fortune.

Un voyageur à chemise rose et chaussures de randonnée fraichement installé dans son siège gris tente de défaire dans sa tête le brouillon bordélique dans lequel s’entremêlent l’angoisse du retour dans la grande ville qui affole et hystérise les âmes qui y barbotent, l’angoisse des sous après lesquels courir pour se mettre à l’abris, glaner sa pitance ; et pourtant la douceur des derniers jours, le décor enchanteresque d’un château renaissance en bordure de rivière, un jeu d’amour de plein air au hasard des vieilles pierres, des ivresses harmoniques, des ébats saltimbanques, le confort d’un chalet délicatement moelleux tout cerné de monts, d’alpages et d’estivants en polos aux broderies rococo mais surtout l’irrésistible compagnie des animaux de basse cour.

Deux chiens, un cheval et une chèvre ont fait chemin ensemble et cueilli sur la route le duvet des fleurs d’été qui poussent dans l’amitié, le vin, le frais du soir. Il fut bon d’être vivant, aboyer, hennir, bêler et faire des calembours et rire aux éclats et faire honneur au ciel qui avait mis ses habits de spectacle. La chèvre à chemise rose désormais loin dans son wagon, repense à tout cela, les pâtures amères qu’elle ruminait avant la transhumance, la douce parenthèse d’août, si courte mais si jolie que l’herbe en sera plus verte. Elle goûte les liens simples de ceux qui aiment vivre à gorge déployée, barboter dans les rivières, s’ébrouer dans le pré qu’habitent les gens de bien, qui se donnent une joie confiante comme on partage son pain.

C’était l’histoire d’un pré, d’un cheval, de deux chiens et d’une chèvre qui revenait heureuse, chemise rose.


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